dimanche 17 mai 2009

" Au-delà du sablier "

Il faudrait que je me batte. Contre le temps qui tue mes rêves. Les tiens. Le temps qui t'éloigne, m'éloigne, me murmure des silences dans le creux de l'oreille, et me poignarde de souvenirs où ces silences étaient des mots.
Il faudrait que je me batte contre la vie qui ne veut pas de nous. Cette vie qui éteint les étincelles dans le fond de nos yeux. Qui nous fait grandir et nous tranche des réalités dans le vif de la peau.
Je voudrais me battre, mais je me tue en me taisant. En regardant avec un sourire triste, puis en crachant quelques mots remplis de moralité et de fatalité, avec la voix rayée d'une fille qui a trop pleuré.
*
J'essaie de te rassurer, de me rassurer avec cette voix qui me semble alors trop douce, trop fausse et trop pleine d'une sagesse qui ne m'appartient pas. Je voudrais raccrocher les lucioles au fond de tes yeux, rallumer les lumières que j'ai cramées à force de chanter les refrains de mes tristes fins.
*
Mais y'a que de la tristesse qui coule de moi. Parce que j'ai aussi peur que toi. Des illusions qui tombent comme on raye les mois. Des fumées qui s'évaporent. Et des fleurs qui ne vont jamais éclore.
*
Je voudrais me battre contre le temps qui nous efface. Et je me dis qu'il ne restera rien d'autre qu'un ciel blanc. Un ciel blanc mais sans âme parce qu'on aura perdu notre souffle à nous battre contre l'invincible. On se sera crevés au lieu de vivre.
Et j'aurais plus de couleurs dans le fond des yeux. J'aurais peur de tous ces voeux que j'aurais faits par superstition, mais sans jamais y croire, et qui me tueront à force d'échecs et de désespoirs.

dimanche 22 mars 2009

Montre-moi où fuir

"Je te fais assez confiance pour te laisser poser tes doigts sur mes yeux..."

Et de ce geste, tu les clos un instant... Et j'oublie.
La douleur. Nos peurs. Tes larmes. Et les miennes.
Je m'oublie.
Je me perds dans tes bras, m'abandonne à tes dents plantées dans la chair de mon cou. Je m'offre à ton corps si fort malgré son apparence...
Je sens ma vie fuir vers la tienne, pour l'habiter encore. Y danser de mes pieds usés.

Je sais, j'en étais sortie, un instant. Si court que je l'ai soufflé de ma mémoire. L'as-tu oublié toi aussi ?
Non. Je lis encore l'effroi dans ta voix, touche la peur dans tes doigts. Elle tremble, tremble si fort que j'en pleure. Ils serrent, serrent si fort que j'en meurs.

J'ai couru si vite trop loin de toi, que mon coeur s'est planté dans un arbre renversé. Il a retrouvé des noeuds qu'il avait oubliés. Il a retrouvé le froid qu'il ne connaissait plus.
J'ai fait demi-tour, mon amour, et l'ai ramassé. Je me suis excusée, et je te le rends maintenant. Ôtes-en les échardes à nouveau, délace ses torsions, et redonne-lui l'air chaud.

J'ai embrassé l'aurore sur tes paupières ce matin. J'ai brisé la nuit dans l'ardeur de tes mains. J'ai percé mon ciel de mille étoiles (qui s'étaient éteintes...).

Allumée par des rêves qui m'embrasaient de plus belle, j'ai embrassé le temps accroché à nos ailes. Je lui ai murmuré de passer assez vite pour panser mes plaies. D'offrir à mes pieds la possibilité de marcher. De laisser à mon coeur celle de battre. Et de chanter.

dimanche 8 mars 2009

Elle... Puis Moi derrière...

C'était une fille aux cheveux longs. Aux cheveux longs et emmêlés. Elle avait les joues souvent rouges et les yeux vaguement verts. Je ne l'ai pas vraiment connue, je crois. Elle avait quelque chose qui m'était familier, qui m'attirait vers elle. Mais étonnamment, je la haissais. Cependant, je la contemplais sans cesse. La suivais, sombre, à quelques pas d'elle. Elle ne me voyait pas. Comment aurait-elle pu ? Et même, l'aurait-elle voulu ? Je ne crois pas.
Elle avait cette forme d'égocentrisme rare. Celui dont on a à peine conscience. Elle regardait ses pieds ou droit devant elle, ce monde qu'elle s'inventait.
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Cette fille, c'était une amoureuse. Une amoureuse folle, perdue. C'est vrai. Elle aimait. A tort. A travers. Surtout de travers. Elle donnait l'impression d'un feu d'artifice. Elle distribuait ses amours en éclat dans le ciel. En éclat de lumière, oui. Mais en éclat de bruit aussi. Elle criait. Ce qu'elle pouvait hurler. Elle distribuait son amour en éclat dans le ciel. Un éclat qui fait : Paf ! Un éclair ! Et s'en va. Quelquefois, comme un bouquet final, l'éclat s'éternisait et semblait avoir pris possession de la voûte céleste. Douce illusion optique.
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Cette fille, elle était triste. Triste pour tout, pour rien. Triste souvent pour se faire du bien. Elle était malade cette fille. Elle aimait se contempler elle-même ramper au sol comme la décadence du genre humain. Elle aimait être cette décadence. Elle aimait se mourir un peu. Elle aimait se haïr. J'aimais la haïr aussi. Quand je la voyais se vider la bouteille d'alcool pur et se la vomir dessus. Et la voir rire de sa propre perdition. Comme j'aimais la haïr quand je ne la distinguais même plus derrière l'écran flou de la fumée qu'elle recrachait en pleurant. Comme je souffrais de la haïr quand je ne la distinguais même plus, hurlant dans des bras sans amour, pleine et vide à la fois...
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Cette fille, elle ne s'aimait pas je crois. Elle s'aimait quand elle se faisait du mal. Ca oui, elle aimait se faire du mal. Elle aimait s'arracher le coeur et le vendre au plus offrant. Les enchères ne s'élevaient jamais bien haut. C'est vrai, elle faisait peur à voir. Moi, ça ne m'effrayait plus.
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Cette fille, elle hurlait. Elle hurlait comme un chien qu'on abandonne. Parce qu'on l'abandonnait. On lui tournait le dos, et on partait. On lui tournait le dos. Depuis toujours, sans doute, parce qu'elle détestait ça. Elle répétait sans cesse que rien n'était pire que l'indifférence. En réalité, elle avait peur de beaucoup de choses. Chaque chose était pire qu'une autre. Mais au fond, tout venait peut-être de là. L'abandon.
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Elle n'aimait pas être remarquée. Mais elle n'aimait pas être anonyme. Elle était timide, ça oui. Elle n'aimait pas réellement les gens. Ce qu'elle aurait voulu, je crois, ç'aurait été d'être le centre de l'univers. Mais un univers qu'elle se serait choisi. Parce qu'être le centre du monde dans lequel elle vivait, ça ne l'intéressait pas. Elle n'aimait pas assez ceux qui le peuplaient.
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Elle avait cette forme d'égocentrisme rare qui la faisait ressentir le manque. Le manque d'amour. Qui l'effrayait de l'idée d'un abandon. C'est vrai, elle pleurait souvent sous sa couette, recroquevillée, moche comme un foetus. Elle pleurait en répétant : "Pars pas". A qui ? A quoi ? Peut-être à moi. Ca aurait pu.
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Elle aurait peut-être pu. Mais elle a trouvé. Elle avait un coeur gros. Si gros qu'il s'en était déplacé. Elle avait un coeur obèse. Trop plein de sentiments, de pansements. Pour sa santé, il aurait fallu qu'il bouge plus. Mais il battait doucement. Ca ne l'intéressait pas de se faire entendre. Son coeur, comme elle, il aurait voulu qu'on lui fiche la paix. Mais ce n'est pas ce qu'elle avait décidé pour lui. Elle avait toujours fait aux autres ce qu'elle n'aurait pas aimé qu'on lui fasse. Parce qu'au fond, elle voulait qu'on le lui fasse. Mal. Mal à en crever. Ca lui aurait bien plu de crever. Ouai. Ca lui aurait plu. Mais son gros coeur fainéant, il a fini par se rebeller contre les ventes aux enchères et les coups de marteau. Il a fini par gratter la colle des pansements, et il s'est mis à taper. Putain, il lui a tapé dessus l'enfoiré. Ca lui en a fait des bleus. Elle a rigolé parce que ça faisait bizarre, une douleur qui venait de l'intérieur. Putain, elle avait des bleus au coeur. Elle se marrait parce qu'elle se disait que son coeur commençait à faire comme elle. Qu'il se faisait mal tout seul, comme un con. Parce qu'elle était conne. Ca oui, elle était conne.
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Elle a moins ri après. Quand elle a vu que ses douleurs s'effaçaient, que les cicatrices disparaissaient. Elle a moins ri. Parce qu'il fallait qu'elle se lève maintenant. Putain, fallait assumer la vie sans se forcer à souffrir. Fallait assumer la vie sans avoir de raisons de la détester. Ca, elle en a crisé, avec ses cheveux longs qui lui chatouillaient le visage. Ca lui faisait drôle, les pressions dans la poitrine quand elle les entendait. Les mots. Les mots dits avec cette voix-là. Ca lui faisait drôle, les noeuds dans le ventre quand elle le voyait. Oui, c'était vraiment bizarre, de vivre de l'intérieur.
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C'est là qu'elle a commencé à s'effacer pour moi, je crois. C'était peut-être plus vraiment elle si elle souffrait pas. Mais ç'aurait été une erreur de ma part, puis de la sienne, et de la leur aussi, de croire qu'elle pouvait rester dans cet état d'euphorie permanent. Elle était pas comme ça, cette fille-là. Elle était triste, cette fille. Il fallait bien qu'elle recommence à avoir mal, coûte que coûte. Puis si son coeur avait décidé de commencer à vivre en elle, c'était l'intérieur d'elle qu'elle boufferait.
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Alors à petits coups, elle a recommencé à hurler. Elle aimait bien sa douleur intérieure. Mais la douleur qu'elle n'aimait pas, c'était celle dans ses yeux à lui.
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Et là, encore, elle a moins ri. Putain, fallait vraiment assumer la vie. Fallait vraiment l'assumer parce que, merde, il s'était enfin barré. L'abandon. Il s'était cassé. Fallait vraiment l'assumer parce qu'on peut pourrir une vie, mais on peut pas en pourrir deux. C'est pas humain de pourrir deux vies. C'est pas humain. C'est pas humain quand on aime. Et cette fille, putain, c'est une humaine. Et elle aime.
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Moi je l'aurais jamais cru. Qu'elle n'était pas un monstre. Je l'aurais jamais cru. Et je la vois maintenant. Ce qu'elle est loin... Je la vois encore parce qu'elle se met en colère. Oui, elle crie. Elle crie toujours. Après tout. Après rien. Après lui surtout. Parce qu'elle est comme ça cette fille. C'est une colérique. Puis, faut bien qu'elle ait encore un peu mal. Histoire de rester un peu elle. Puis de me rester un peu, à moi aussi.
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Je vois son coeur qui se vide. Y'en a encore moins pour les autres. Et encore moins pour moi. Pourtant je l'ai suivie. Je les ai suivis. Ces deux-là. Cette fille aux cheveux longs avec son coeur torturé qu'elle balançait à bout de bras. Il faisait un couple étrange, mais v'là que maintenant ils sont trois. Même quatre, vu que l'autre, il a aussi rajouté le sien. Y'a plus de place.
**
Je vois son coeur qui se vide. Y'en a encore moins pour les autres. Mais après... Du moment qu'y'en a pour lui...

lundi 2 mars 2009

- P - (1)

Dis-moi si les fous dansent encore sur des sols en blanc... Ne dansent-ils pas dans nos coeurs, piétinant leurs vaisseaux plutôt que d'en créer ?
Vaisseaux spatiaux, volant dans l'espace, offrant les étoiles à nos yeux éblouis, effarés de tant de lumière, et de vide... Vertiges...
Ce sont les vertiges qu'ils donnent à nos têtes, du tournis qu'ils infligent à nos coeurs. Ont-ils oublié que leurs valses solitaires ne se dansent pas que dans un sens ? Ont-ils oublié la fragilité de ce qu'ils torturent de leurs pieds bandés ?

Dis-moi si les fous existent encore pour nous recoller plutôt que nous briser ? Ceux dont la folie ne s'applique qu'à l'amour, qu'aux rêves... Dis-moi s'ils nous prendront encore les mains pour nous entraîner dans le délire délicieux de leurs esprits malades... A valser ailleurs que sur la chair vive de nos coeurs... A valser à deux, amoureux...

Dis-moi que les fous nous illuminent mille fois encore des morceaux qui laissent à jamais en nous... Eparpillés parfois, comme de vagues souvenirs qui reviennent sous forme de sourire aux lèvres, de larmes aux yeux et de nausées au coeur...

Dis-moi qu'ils ne brisent pas nos vies, comme l'élément bancal qui détruit l'équilibre instable à peine ôté au fragile édifice...

vendredi 6 février 2009

La boîte à songes

Tous ces mots que tu ne me dis pas, je les entends parfois dans ton regard... D'autres fois, c'est comme si j'étais aveugle, et que j'ouvrais tes mains pour y trouver des lignes gravées, et que sous la caresse de mes doigts elles se mettent à chanter, avec pour en marquer le rythme, tes pouces, battant la mesure régulière de mon coeur sur la fleur de ma peau.
*
Chaque soir, allongée sur notre vie, entourée par l'ectoplasme de tes bras, je remplis la boîte à songes de mes souvenirs... Il y a des jours où je me dis que je la fermerai à clef, et que je la cacherai, si loin, si bien, qu'on ne pourrait jamais la retrouver. Et par hasard, dans des années, lorsque je serai vieille et usée par le temps, elle s'ouvrirait à mes pieds, et serait alors la boîte de mes larmes. Celles de mes regrets, sans doute, mais plus sûrement celles mes nostalgies.
Et je me dis que ce jour-là, tu serais derrière, aussi vieux et usé que moi, et que je te raconterai notre adolescence presque achevée, et le début de notre vie.
*
Je te dirai combien j'étais impressionnée par la capacité que j'avais à m'émouvoir de petites choses quand il s'agissait de toi, combien ma vie s'était illuminée ce soir de novembre où tu avais décidé d'y faire ton nid, combien certains de tes mots s'étaient répercutés dans ma poitrine, à m'en faire mal parfois, combien j'étais certaine qu'un jour nous serions là, vieux et usés par le temps, mais toujours aussi aimants...
Je t'expliquerai que, naïvement peut-être, je t'avais toujours vu comme un magicien, et qu'à chaque fois que je regardais tes baguettes, je me disais qu'elles avaient un pouvoir... Je t'expliquerai la confiance que je ressentais quand tu me regardais m'en aller sur le "chemin qui fait peur", comme je l'appelais... Je te demanderai "Tu te souviens ?", et tu me dirais oui... Tu me sourirais, édenté peut-être, mais avec ce visage d'enfant que je te connais...
Je te soufflerai que je ne me sentais jamais aussi bien que quand tes doigts se promenaient sur mon visage et s'égaraient dans mes cheveux... Que ma colère ne s'éteignait jamais autant que quand tu me disais de ne pas m'énerver... Que mes plus beaux instants étaient ceux où les sceaux de ta bouche se brisaient pour m'offrir quelques mots... Et à quel point j'adorais sentir trembler mes yeux au son de ta voix dans ces moments-là...
Je retrouverais ces textes que je t'avais écrit et en relisant celui-là, je me souviendrais des larmes qui coulent sur mon visage en ce moment précis... Parce que je trouve ça magnifique, tu sais... De pouvoir imaginer ça... De pouvoir me voir ridée, et hideuse, mais heureuse... Si heureuse...
*
Tu sais, il y a vraiment des mots que j'aimerais pouvoir te dire plutôt que te les écrire... Parce que tu pourrais être là, tu pourrais cueillir les larmes de notre futur sur mes joues, et tu pourrais me sourire... Et au travers des flots, je sourirais aussi. Peut-être même que j'éclaterais de rire, et que tu m'embrasserais... Encore et encore... Jusqu'à ce qu'on soit hideux et édentés... Vieux et usés...