Tu sais, le pire dans tout ça, c'est que moi j'y croyais. A tes sourires en forme de moqueries. Parce que tu te moquais, je sais bien. Puis tu riais. Tout le temps. Souvent, en tout cas. Peut-être trop. Sûrement trop.
Tu sais, j'avais pas l'impression que tu me manquais, quand t'étais toujours là. Tu m'agaçais avec tes mensonges, mais tu me faisais rire.
J'avais pas l'impression que tu me manquais. J'aimais bien te voir, te parler aussi. Pas te toucher, parce qu'on n'avait pas le droit et que tu me faisais mal quand tu plantais tes doigts de guitariste et de dessinateur entre mes côtes. Mais tu ne me manquais pas.
C'est fou comme tu me manques maintenant. Je voudrais revoir ton sourire immense et si souvent moqueur. Je voudrais t'entendre encore me donner des conseils sur une vie que tu n'as pas partagée assez longtemps. J'aurais tellement voulu y croire.
Je voudrais ne plus souffrir quand je vois ton prénom. Je voudrais oublier que tu as crâmé dans une boîte en bois. Qu'on a déposé des pétales dessus et qu'il t'a salué, comme quand t'étais là. Tu sais, comme quand on avait dit qu'on s'en irait si vous faisiez ça. Mais au fond, ça nous amusait. Puis ça me plaisait que vous vous entendiez bien. Ca me plaisait quand tu disais que j'avais enfin trouvé un "gars bien".
Parce qu'au fond, on croyait tous en toi. Même si on savait.
Enfin... Y'a une chose qu'on savait pas. Que moi, je ne savais pas. C'est que t'avais mal. Pourquoi tu ne nous as rien dit ? Pourquoi tu nous as aidés sans qu'on puisse en faire de même pour toi ? Putain, pourquoi t'as pas pensé qu'il n'y avait pas que ça. Que t'avais une vie nouvelle. Qu'on était là, nous, trois pauvres cons dans notre banlieue pourrie, et qu'on t'adorait... J't'assure ça me crève quand je t'imagine.
Mais merde, regarde comme tout s'effondre depuis.
J'repense à la dernière fois qu'on s'est vus, que tu courrais dans le couloir avec tes petits chaussons. T'avais l'air d'un gamin. T'en étais un. Mais les gamins crèvent pas. Pas comme ça. Pas si tôt.
Pourquoi on n'a rien vu ?
Et y'en a qui me parlent de "certaines circonstances", tu sais. Comme si j'en savais rien. Comme si je t'avais pas imaginé mort, à trois mètres de moi. Comme si j'avais pas chialé pour toi. Je voudrais que tu reviennes pour qu'on se foute d'elle, et de sa connerie, de son ignorance. Et de lui, aussi. Ces cons qui savent rien de la douleur de perdre quelqu'un auquel on tenait plus que ce qu'on ne pensait.
T'sais, t'es le seul de ses copains que j'ai apprécié. Et j'en apprécierais plus jamais. Juste par principe, parce que c'est mon deuil à moi, de cracher sur les autres, même s'ils n'y sont pour rien. Qu'ils sont juste là après, pour l'aider. Et puis, pour ça, c'est bien fait, t'avais qu'à pas la laisser. Nous laisser.
Au fond, peut-être que tu t'en foutais, de nous deux, de "ton couple d'amoureux préféré". Mais nous, on s'en foutait pas.
Et c'est la mort d'une autre qui me pousse à taper encore des lignes pour toi. Parce qu'elle aussi, c'était pas juste. Je la connaissais pas, mais c'est injuste. Et pour tous ces gens qui pleuraient comme j'ai pleuré pour toi, c'est fou ce que j'ai eu mal. Parce qu'elle aussi, elle est partie trop tôt, et trop brusquement pour qu'on s'en remette. Elle aussi, elle souriait avant de mourir. Et moi, je t'avais toujours vu sourire.
T'es un salaud de nous avoir laissés, parce que toi tu l'as décidé. Et si j'étais moins bête, je serai en colère plutôt que triste quand je pense à toi... Peut-être...