dimanche 17 mai 2009

" Au-delà du sablier "

Il faudrait que je me batte. Contre le temps qui tue mes rêves. Les tiens. Le temps qui t'éloigne, m'éloigne, me murmure des silences dans le creux de l'oreille, et me poignarde de souvenirs où ces silences étaient des mots.
Il faudrait que je me batte contre la vie qui ne veut pas de nous. Cette vie qui éteint les étincelles dans le fond de nos yeux. Qui nous fait grandir et nous tranche des réalités dans le vif de la peau.
Je voudrais me battre, mais je me tue en me taisant. En regardant avec un sourire triste, puis en crachant quelques mots remplis de moralité et de fatalité, avec la voix rayée d'une fille qui a trop pleuré.
*
J'essaie de te rassurer, de me rassurer avec cette voix qui me semble alors trop douce, trop fausse et trop pleine d'une sagesse qui ne m'appartient pas. Je voudrais raccrocher les lucioles au fond de tes yeux, rallumer les lumières que j'ai cramées à force de chanter les refrains de mes tristes fins.
*
Mais y'a que de la tristesse qui coule de moi. Parce que j'ai aussi peur que toi. Des illusions qui tombent comme on raye les mois. Des fumées qui s'évaporent. Et des fleurs qui ne vont jamais éclore.
*
Je voudrais me battre contre le temps qui nous efface. Et je me dis qu'il ne restera rien d'autre qu'un ciel blanc. Un ciel blanc mais sans âme parce qu'on aura perdu notre souffle à nous battre contre l'invincible. On se sera crevés au lieu de vivre.
Et j'aurais plus de couleurs dans le fond des yeux. J'aurais peur de tous ces voeux que j'aurais faits par supersticion, mais sans jamais y croire, et qui me tueront à force d'échecs et de désespoirs.

jeudi 7 mai 2009

Le bout du chemin

Peut-être qu'on aurait dû aller au bout du chemin. Aller plus loin que le champ où l'on s'était arrêtés. On aurait peut-être eu le monde qu'on attendait, où l'on aurait pu sauter de haut, sans se faire mal, sans tomber. On se serait éviter ça. Les drames à la pelle dans la terre retournée de ma tête.

Le bout du chemin, j'y suis retournée sans toi, après, plus tard. Quand j'ai eu grandi. Et plus loin que l'arbre qui semblait marquer un point d'honneur à nous arrêter, il y en avait un autre. Un renversé. Un tout cassé. Je l'ai escaladé, et j'ai marché en équilibre. Avec mes nouvelles chaussures qui faisaient mal aux pieds. Et j'ai fermé les yeux et j'étais funambule. C'était comme si... Comme s'il n'y avait plus qu'un fil pour mes pieds et que j'étais fragile. C'était grisant mais en même temps flippant d'être plus haut que le sol, et de ne pas savoir où il était. A trois pieds ou à mille lieues en dessous de moi, la peur était la même.

Et j'ai entendu le vent dans les épis des champs de blé, juste à quelques mètres derrière moi. Et je suis tombée. Je me suis fait mal bien sûr, parce qu'après le bout du chemin, y'avait encore un autre chemin que j'ai pas parcouru. J'avais pas le temps. Fallait que je revienne en arrière, sur mes pas.

Après le bout du chemin, y'avait encore un chemin que j'ai pas parcouru, alors j'y suis pas arrivée. Au monde où on tombe, et même qu'on s'fait pas mal.

En revenant sur mes pas, je me suis dit qu'à dix, je me retournerai, et que je ne le verrais plus. Que j'oublierai l'inconnu du chemin perdu derrière moi.
*
Sauf qu'à neuf j'ai craqué. Et avant de tourner, je l'ai vu. L'arbre du bout du chemin, avec son air déglingué de gardien de forêt. Je crois que c'est lui qui a renversé l'autre arbre, parce qu'il voulait passer, et qu'on n'a pas le droit.
On n'a pas le droit d'être vieux, d'être heureux et de marcher sur des cailloux mous. Faut qu'on se crève et qu'on se déchire les jeans aux genoux. Faut qu'on tombe puis qu'on se relève en faisant comme si. Comme si on n'avait pas mal et que la vie c'était un fil tendu. Tendu entre la toile des rêves et le gouffre de la réalité. Mais c'est pas "comme si", c'est "comme ça". Le fil tendu il est là, et en dessous, y'a du vide.
*
Je t'assure qu'au bout du chemin, j'aurais bien aimé aller plus loin.
*
Y'a un goût d'inachevé parce que j'y suis pas arrivée. Au bout du chemin, comme au fond de ma pensée...

dimanche 22 mars 2009

Montre-moi où fuir

"Je te fais assez confiance pour te laisser poser tes doigts sur mes yeux..."

Et de ce geste, tu les clos un instant... Et j'oublie.
La douleur. Nos peurs. Tes larmes. Et les miennes.
Je m'oublie.
Je me perds dans tes bras, m'abandonne à tes dents plantées dans la chair de mon cou. Je m'offre à ton corps si fort malgré son apparence...
Je sens ma vie fuir vers la tienne, pour l'habiter encore. Y danser de mes pieds usés.

Je sais, j'en étais sortie, un instant. Si court que je l'ai soufflé de ma mémoire. L'as-tu oublié toi aussi ?
Non. Je lis encore l'effroi dans ta voix, touche la peur dans tes doigts. Elle tremble, tremble si fort que j'en pleure. Ils serrent, serrent si fort que j'en meurs.

J'ai couru si vite trop loin de toi, que mon coeur s'est planté dans un arbre renversé. Il a retrouvé des noeuds qu'il avait oubliés. Il a retrouvé le froid qu'il ne connaissait plus.
J'ai fait demi-tour, mon amour, et l'ai ramassé. Je me suis excusée, et je te le rends maintenant. Ôtes-en les échardes à nouveau, délace ses torsions, et redonne-lui l'air chaud.

J'ai embrassé l'aurore sur tes paupières ce matin. J'ai brisé la nuit dans l'ardeur de tes mains. J'ai percé mon ciel de mille étoiles (qui s'étaient éteintes...).

Allumée par des rêves qui m'embrasaient de plus belle, j'ai embrassé le temps accroché à nos ailes. Je lui ai murmuré de passer assez vite pour panser mes plaies. D'offrir à mes pieds la possibilité de marcher. De laisser à mon coeur celle de battre. Et de chanter.

jeudi 19 mars 2009

Je suis une princesse endormie

Je suis une princesse endormie, j'ai le souffle court des cauchemars qui me hantent. Derrière mes paupières closes, mes prunelles s'affolent et courent dans les forêts de mon âme. Ces forêts sont souvent pleines d'arbres morts qui se jettent sur moi. Les morts se jettent sur moi. La Mort. Et la sienne.
Je suis une princesse endormie dans un souffle éteint. Et je fuis, sans même le sentir. Je suis deux pieds, deux jambes. Allongées. Pour fuir. Plus loin.
Je suis une princesse endormie dans un lit blanc. Abusée par l'amour. Nue. Et je me cache. De mes bras lactées de graines plantées là au hasard, je dissimule mes seins au regard.
Je suis une princesse endormie dans ses bras qui me frappent pour faire rentrer les mots qui ont passé trop vite la porte de mes lèvres. Et ils retournent, dociles, se nicher dans mes larmes.
Je suis une princesse endormie qui ne fait que ça. Se retourner dans des draps changés par la crainte d'y retrouver... Les souvenirs.
Je suis une princesse endormie qui se réveille pour mourir.
Je suis une princesse endormie dans une boîte de bois.

Le prince ne viendra pas. Il ne viendra plus broder des soleils sous mes yeux. Mouiller mes lèvres de tendresse. Il ne soulèvera pas mon corps las. Il se contentera de le regarder, au loin, de lui tourner le dos et de s'en aller, galopant farouchement dans un ciel déclinant.

Privé du souffle qu'elle lui réservait...

- P - (2)

Tu sais, le pire dans tout ça, c'est que moi j'y croyais. A tes sourires en forme de moqueries. Parce que tu te moquais, je sais bien. Puis tu riais. Tout le temps. Souvent, en tout cas. Peut-être trop. Sûrement trop.
Tu sais, j'avais pas l'impression que tu me manquais, quand t'étais toujours là. Tu m'agaçais avec tes mensonges, mais tu me faisais rire.
J'avais pas l'impression que tu me manquais. J'aimais bien te voir, te parler aussi. Pas te toucher, parce qu'on n'avait pas le droit et que tu me faisais mal quand tu plantais tes doigts de guitariste et de dessinateur entre mes côtes. Mais tu ne me manquais pas.
C'est fou comme tu me manques maintenant. Je voudrais revoir ton sourire immense et si souvent moqueur. Je voudrais t'entendre encore me donner des conseils sur une vie que tu n'as pas partagée assez longtemps. J'aurais tellement voulu y croire.
Je voudrais ne plus souffrir quand je vois ton prénom. Je voudrais oublier que tu as crâmé dans une boîte en bois. Qu'on a déposé des pétales dessus et qu'il t'a salué, comme quand t'étais là. Tu sais, comme quand on avait dit qu'on s'en irait si vous faisiez ça. Mais au fond, ça nous amusait. Puis ça me plaisait que vous vous entendiez bien. Ca me plaisait quand tu disais que j'avais enfin trouvé un "gars bien".
Parce qu'au fond, on croyait tous en toi. Même si on savait.
Enfin... Y'a une chose qu'on savait pas. Que moi, je ne savais pas. C'est que t'avais mal. Pourquoi tu ne nous as rien dit ? Pourquoi tu nous as aidés sans qu'on puisse en faire de même pour toi ? Putain, pourquoi t'as pas pensé qu'il n'y avait pas que ça. Que t'avais une vie nouvelle. Qu'on était là, nous, trois pauvres cons dans notre banlieue pourrie, et qu'on t'adorait... J't'assure ça me crève quand je t'imagine.
Mais merde, regarde comme tout s'effondre depuis.
J'repense à la dernière fois qu'on s'est vus, que tu courrais dans le couloir avec tes petits chaussons. T'avais l'air d'un gamin. T'en étais un. Mais les gamins crèvent pas. Pas comme ça. Pas si tôt.
Pourquoi on n'a rien vu ?
Et y'en a qui me parlent de "certaines circonstances", tu sais. Comme si j'en savais rien. Comme si je t'avais pas imaginé mort, à trois mètres de moi. Comme si j'avais pas chialé pour toi. Je voudrais que tu reviennes pour qu'on se foute d'elle, et de sa connerie, de son ignorance. Et de lui, aussi. Ces cons qui savent rien de la douleur de perdre quelqu'un auquel on tenait plus que ce qu'on ne pensait.
T'sais, t'es le seul de ses copains que j'ai apprécié. Et j'en apprécierais plus jamais. Juste par principe, parce que c'est mon deuil à moi, de cracher sur les autres, même s'ils n'y sont pour rien. Qu'ils sont juste là après, pour l'aider. Et puis, pour ça, c'est bien fait, t'avais qu'à pas la laisser. Nous laisser.
Au fond, peut-être que tu t'en foutais, de nous deux, de "ton couple d'amoureux préféré". Mais nous, on s'en foutait pas.
Et c'est la mort d'une autre qui me pousse à taper encore des lignes pour toi. Parce qu'elle aussi, c'était pas juste. Je la connaissais pas, mais c'est injuste. Et pour tous ces gens qui pleuraient comme j'ai pleuré pour toi, c'est fou ce que j'ai eu mal. Parce qu'elle aussi, elle est partie trop tôt, et trop brusquement pour qu'on s'en remette. Elle aussi, elle souriait avant de mourir. Et moi, je t'avais toujours vu sourire.
T'es un salaud de nous avoir laissés, parce que toi tu l'as décidé. Et si j'étais moins bête, je serai en colère plutôt que triste quand je pense à toi... Peut-être...